Humain, compte-rendu du livre

Humain, une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies, de Monique Atlan et Roger-Pol Droit, publié chez Flamarion en 2012, est un livre abondant. Résumer les grandes idées tout en rendant fidèlement compte de tous les aspects traités s’est avéré complexe, mais je m’y étais engagée alors voici.

Le livre se sépare en 8 grands chapitres : (1) La fabrique du corps, (2) La machine pensante, (3) Le cerveau invisible, (4) La part psychique, (5) Le temps digital, (6) Les hommes et les autres, (7) Vivant sans frontières et (8) Retour à l’humain. Pour l’intérêt du présent cours, je m’attarderai davantage à ceux qui ont un lien plus direct avec les sujets discutés en classe.

Après un chapitre consacré au corps, que l’on transforme désormais au lieu de le subir, dans le second chapitre, La machine pensante, les auteurs donnent la parole à d’historiques philosophes et d’éminents informaticiens et physiciens pour qu’ils se prononcent sur l’intelligence artificielle. À travers ce voyage, on retient surtout le passage de la vision de « l’homme est comme machine » à « l’homme est véritablement une machine » jusqu’à aujourd’hui où l’on fantasme de la fusion entre l’homme et la machine. Car, l’humain d’aujourd’hui, devant une technologie qui stocke et traite de l’information plus rapidement que lui, se sent imparfait et faillible. Il rêve donc d’un humain plus performant et voit dans la machine, un instrument de salut. C’est pourquoi tant de recherches portent aujourd’hui sur le cerveau, grande représentation de l’humain.

Le chapitre qui suit, Le cerveau invisible, explore en profondeur cet organe. On y rencontre des linguistes, spécialistes des neurosciences et endocrinologues qui nous présentent tour à tour leur manière de voir le cerveau humain. Le cerveau est une glande, dit l’un. Il se construit avec nos émotions, dira un autre. Au fond, lire dans le cerveau, lire la pensée est l’objectif de chacun, même s’il n’est pas encore possible d’expliquer la relation entre l’activité cérébrale et la véritable pensée humaine.

Les auteurs enchainent ensuite avec La part psychique, qui traitement de langage et de psychologie, et sur Le temps digital, qui aborde ce qui distingue les natifs du numérique des générations précédentes : le rapport au temps. Selon les auteurs, les effets de notre monde numérique ne sont pas l’affaire d’une seule génération, ils nous concernent tous.

Beaucoup de choses ont été dites sur ce nouveau mode de vie connecté et instantané. Le Paradis pour certains, l’Enfer pour d’autres. La réalité est plus complexe insistent les auteurs. Ce qui les intéresse, au-delà de la manière dont nous lirons, communiquerons ou nous informerons dans 5, 10 ou 20 ans, c’est de savoir comment les traits de l’homme se redessineront à vivre dans ce paysage numérique.

Encore dans ce chapitre, des spécialistes s’expriment. Cette fois, sur la vie numérique. Le numérique qui estompe désormais les barrières de tous les domaines, et qui permettra la fusion homme-machine, dira un grand optimiste des technologies, Nicholas Negroponte. S’en suit, un rappel des grandes étapes de l’avènement de l’informatique, d’internet et du numérique, très peu instructif pour nous qui y travaillons. On s’interroge ensuite sur la place de la pensée, l’attention et la mémoire, changent-elles avec internet ? À cette question, des intellectuels répondent dans le perpétuel duel des optimistes et des pessimistes. Si le sujet vous intéresse, c’est sans doute le plus pertinent avec le cours. Mais si, comme moi, vous avez beaucoup lu sur les communautés virtuelles, la vie privée sur internet, l’effet des technologies sur le cerveau, vous y verrez peu de choses nouvelles.

Le sixième chapitre, Les hommes et les autres, s’enquiert de la proportion de personnes qui n’a aucune présence sur les réseaux, soit 80 %, du clivage qui existe entre nous et ceux qui meurent par manque d’eau potable, de cette mondialisation dont on nous parle depuis les années 90. La mondialisation, disent les auteurs, est une mutation radicale qui a modifié notre relation au temps et à l’espace : nous faisons tous partie de ce monde et nous sommes tous exposés aux mêmes risques.

Vivant sans frontières, l’avant dernier chapitre, aborde le paradoxe que nous expérimentons, à savoir, d’un côté une absence de limite quant à notre longévité, notre puissance informatique et notre confort, et de l’autre, une conscience toujours plus grande des limites de notre environnement.

Et pour conclure l’ouvrage, le chapitre un Retour à l’humain, sur notre responsabilité, notre pouvoir d’agir sur les changements en cours, une responsabilité, disent les auteurs, qui se fonde sur les notions juridiques et morales. Ils invitent enfin les lecteurs à réfléchir à leur propre responsabilité en tant qu’humain, que parents dans toute cette mutation.

En conclusion, les auteurs croient que l’identité humaine est en chantier. Ils ont entendu, lors de leurs périples, tout et son contraire dans la même journée. Mais ce qui est ressorti de leurs rencontres c’est que, dans les laboratoires les plus réputés du monde, les buts poursuivis sont encore les mêmes : ne plus souffrir, éviter la maladie, demeurer jeune, ne pas mourir…

Il est également ressorti comme constat que les « révolutions » dont on parle tant ne sont pas des ruptures soudaines comme on les décrit souvent, il faut les envisager davantage comme des sutures entre l’ancien et le nouveau, soit un processus qui s’étend dans la durée, « comme une transition d’état » (p. 520).

On se raconte, en pensant à l’avancement des technologies, que nos vies ont beaucoup changées. Or, comme disent les auteurs, les humains n’ont pas tellement changés. Nous nous levons encore chaque matin avec le besoin de nous nourrir et d’aller travailler. Certes, les aliments que nous consommons peuvent être différents et notre moyen de transport également, mais encore aucun robot ne va aller le faire à notre place. « Nous sommes encore bien ancrés dans des corps globalement inchangés  » (p. 522). Nous le traitons différemment, mais nous naissons, nous reproduisons et mourrons comme tous nos ancêtres. Ce qui nous distingue d’eux ce ne sont pas nos ordinateurs et nos voitures, mais ce que nous avons dans nos têtes. Nos connaissances ont modifié nos perceptions du monde et de nous-mêmes.

Les auteurs terminent en rappellent que démoniser ou déifer les technosciences sont tous les deux des impasses. De la même manière qu’un marteau peu assembler un objet ou défoncer un crâne, les technosciences ne sont en soit ni bénéfiques ou maléfiques, ce sont les usages qu’on choisit d’en faire qu’il faut juger. Et sur ce dernier point, les auteurs ajoutent qu’il s’agit alors d’informer et éduquer les gens pour qu’ils soit en mesure de porter un jugement éthique sur ce qui est bien ou mal.